CHALLENGE NATIONAL
Ou comment Syndifrais, qui représente les fabricants de produits laitiers frais, a confié aux étudiants de l’ISEG un problème que l’industrie ne peut plus régler seule : transformer une bonne intention en geste quotidien.
En bref. Lors du challenge national ISEG × Syndifrais, les étudiants de l’ISEG ont eu une semaine pour imaginer la prochaine campagne nationale capable de faire du tri des pots de yaourt un réflexe, avec un budget fictif de 200 000 euros TTC. Selon OpinionWay pour Syndifrais (octobre 2025), 76 % des Français déclarent jeter leur pot dans la poubelle jaune et 22 % le jettent encore avec les ordures ménagères. Tous les pots se trient depuis 2023 : le frein n’est plus technique, il est comportemental.
76 %. C’est la part des Français qui affirment jeter leur pot de yaourt usagé dans la poubelle jaune, selon une étude OpinionWay réalisée pour Syndifrais en octobre 2025. Un score flatteur, que les centres de tri relativisent. Citeo estime à 60 000 tonnes les pots en polystyrène mis sur le marché chaque année en France ; début 2025, à peine 5 000 tonnes arrivaient en centre de tri, selon des chiffres de l’éco-organisme cités par Que Choisir. Entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, l’écart est immense. C’est cet écart que Syndifrais a confié aux étudiants de l’ISEG lors d’un challenge national organisé à Paris [date à préciser]. La consigne : devenir pendant une semaine l’agence de communication du syndicat et imaginer la prochaine campagne nationale capable de faire du tri des pots de yaourt un réflexe.
Le problème n’est plus technique, il est comportemental
Sur le papier, tout est prêt. Depuis 2023, tous les Français peuvent déposer leurs pots de yaourt dans le bac jaune, rappelle Citeo. Depuis septembre 2025, une usine d’Indaver à Anvers, en Belgique, transforme les pots en polystyrène collectés en France en matière apte à refaire des pots ; le reste est recyclé mécaniquement en Espagne. Le brief de Syndifrais le résume en une phrase : le défi n’est plus technique.
Le maillon faible est désormais le consommateur. Le syndicat recense cinq freins : croire que le pot ne se recycle pas, le trouver sale, n’avoir qu’une poubelle, ne pas y penser, ignorer les nouvelles consignes. L’enjeu touche presque tout le monde : selon Syndifrais, 9 foyers sur 10 consomment des produits laitiers frais et 68 % des Français mangent des yaourts chaque semaine. Comme l’écrit le brief, le recyclage commence dans la cuisine.
La communication fonctionne, mais à petits pas
Syndifrais a déjà testé la voie de la communication. En 2025, sa campagne #TriTonPot, menée avec l’agence Scopus Communication, a imprimé des messages sur plus de 500 millions d’opercules. Selon OpinionWay, qui a interrogé un échantillon représentatif de 1 042 personnes en octobre 2025, le tri déclaré est passé de 72 % avant la campagne (janvier) à 76 % après. L’institut parle d’une hausse « en tendance » ; les progressions significatives qu’il relève concernent les CSP+ (de 70 % à 77 %) et le Nord-Est (de 73 % à 85 %).
Le syndicat en tire des leçons que tout communicant devrait connaître : les habitudes résistent, le geste doit être simple et rapide, les messages positifs marchent mieux que la culpabilisation, la répétition installe les comportements. Et l’essentiel reste le passage de l’intention à l’action. D’où son nouveau cap : “Nous ne cherchons plus seulement à informer”.
Une semaine pour penser comme une agence
Syndifrais parle aux industriels, aux pouvoirs publics et à la presse spécialisée, pas au grand public. Les étudiants devaient donc construire une campagne grand public à partir de zéro, en répondant à cinq questions : qui convaincre, avec quel message, comment attirer l’attention, sur quels canaux, et comment mesurer l’impact.
Le choix de la cible illustre la difficulté du métier. Les 50-75 ans pèsent près de 40 % des volumes consommés, selon Syndifrais, mais le tri est plus performant à la campagne qu’en ville. Faut-il viser les plus gros consommateurs ou les plus mauvais trieurs ? Le livrable attendu est celui d’une vraie agence : diagnostic des freins, benchmark, cibles et message clé, concept créatif, vidéos et contenus sociaux, plan d’activation avec budget et rétroplanning, indicateurs de performance. Les meilleures propositions pourront inspirer les prochaines campagnes nationales du syndicat.
Dans ce contexte, le challenge rappelle ce que le marketing et la communication savent faire de mieux : changer des comportements, pas seulement vendre des produits. À l’heure où la RSE engage les marques, cette compétence devient centrale. Stéphanie Boisseleau, directrice nationale de la communication de l’ISEG, le décrivait dans une tribune publiée par Stratégies : la valeur des métiers se déplace vers la capacité à « définir une stratégie, exercer son jugement, challenger les résultats ». Un score déclaratif de 76 % face à quelques milliers de tonnes arrivées en centre de tri, c’est exactement un résultat à challenger. Planneurs stratégiques, chargés d’études, responsables de communication RSE, concepteurs-rédacteurs, social media managers et analystes de performance ont tous leur place dans une campagne de changement de comportement. Reste une question pour celles et ceux qui les exerceront : quand un geste est connu de tous mais accompli par trop peu, un message, même brillant, peut-il suffire ?
FAQ
Où jeter un pot de yaourt ?
Dans le bac de tri, la poubelle jaune dans la plupart des communes. Depuis 2023, tous les Français peuvent y déposer leurs pots de yaourt en plastique, selon Citeo. Inutile de laver le pot : il suffit de bien le vider. La campagne #TriTonPot recommande de détacher l’opercule, et Que Choisir conseille de ne pas empiler les pots. Les pots en verre ne vont pas dans le bac jaune : ils ont leur propre filière.
Les pots de yaourt sont-ils vraiment recyclés ?
Ceux qui arrivent dans le bac jaune, oui. Selon Citeo, 80 % sont recyclés chimiquement depuis septembre 2025 dans l’usine Indaver d’Anvers, en Belgique, ce qui permet d’en refaire des pots, et 20 % mécaniquement chez Eslava, en Espagne. Le problème est la collecte : début 2025, à peine 5 000 tonnes sur 60 000 arrivaient en centre de tri, selon des chiffres de Citeo cités par Que Choisir.
Combien de Français trient leur pot de yaourt ?
Selon une étude OpinionWay pour Syndifrais menée du 24 au 28 octobre 2025 auprès de 1 042 personnes, 76 % des Français déclarent jeter leur pot de yaourt dans la poubelle jaune, 22 % dans les ordures ménagères et 2 % ailleurs. Ils étaient 72 % en janvier 2025. Ce sont des déclarations : les tonnages réellement collectés restent bien plus faibles.
Pourquoi les Français ne trient-ils pas leurs pots de yaourt ?
Syndifrais recense cinq freins : penser que le pot ne se recycle pas, le trouver sale, n’avoir qu’une seule poubelle, ne pas y penser et ne pas connaître les nouvelles consignes. Le syndicat en conclut que le défi n’est plus technique mais comportemental : il faut transformer l’intention en réflexe.
Qu’est-ce que la campagne #TriTonPot ?
C’est la campagne de sensibilisation lancée en 2025 par Syndifrais avec l’agence Scopus Communication. Des messages rappelant que tous les pots se trient ont été imprimés sur plus de 500 millions d’opercules de yaourts. Selon OpinionWay, la part de Français qui déclarent trier leur pot est passée de 72 % à 76 %, une hausse qualifiée de tendance.
Qu’est-ce que le challenge national ISEG × Syndifrais ?
C’est une mise en situation proposée aux étudiants de l’ISEG par Syndifrais, le syndicat des fabricants de produits laitiers frais. En une semaine, les équipes jouent l’agence de communication du syndicat. Elles conçoivent une campagne nationale pour faire du tri des pots de yaourt un réflexe : cibles, message, concept créatif, canaux, budget de 200 000 euros TTC et indicateurs de performance.









