CHALLENGE
Ou comment un Creator Sales Specialist de YouTube a confié aux étudiants de troisième année de l’ISEG une marque, un budget et 48 heures pour convaincre un jury, avant de leur livrer sa méthode pour entrer chez Google.
En bref. Le challenge ISEG × Google YouTube a réuni à Paris des étudiants de troisième année de l’ISEG autour d’une simulation d’agence. En équipes de quatre, ils avaient 48 heures pour bâtir, chiffrer et défendre la stratégie YouTube d’une marque, en arbitrant entre contenus de créateurs (organique) et publicité (paid media). L’atelier était animé par Quentin Wroblewski, Creator Sales Specialist chez Google et YouTube, qui a aussi détaillé les voies d’accès à Google : stage, alternance et programme jeunes diplômés.
Un brief, un budget, un jury. Le 15 octobre, à Paris, les étudiants de troisième année de l’ISEG ont troqué la salle de cours contre une agence média éphémère. Le défi, construit avec Google et YouTube, tient en une phrase du brief : prendre en 48 heures les commandes d’une agence. Avant de lancer le chronomètre, Quentin Wroblewski a posé le décor : la mission de Google, ses 1 400 collaborateurs parisiens répartis entre ingénierie, recherche, ventes, partenariats et marketing, et son propre métier. Un Creator Sales Specialist fait le lien entre les marques et l’écosystème des créateurs : dans les offres d’emploi de Google, ce poste consiste à développer les programmes de marketing d’influence de YouTube auprès des annonceurs.
Une agence média en 48 heures, un budget à défendre
Chaque équipe joue une agence de conseil de quatre consultants. Elle choisit une marque parmi trois « réalités business » : un commerce de proximité doté de 2 000 euros (boulangerie, coffee shop, studio de pilates), une marque digitale de taille intermédiaire avec 20 000 euros (Aroma-Zone, Jacquemus ou Gymshark figurent parmi les exemples) ou un grand annonceur à 200 000 euros, de Nike à Spotify.
La méthode est imposée en quatre temps : diagnostic, concept créatif et casting, plan d’amplification, plan financier et indicateurs de performance (KPIs). Le chrono est découpé en quatre sprints de douze heures. Le livrable tient en 10 à 12 slides, avec un tableau budgétaire chiffré au centime près, défendu en 10 minutes de pitch et 5 minutes de questions. Règle d’or : les quatre membres prennent la parole à parts égales.
Créateurs ou publicité : l’arbitrage qui fait le métier
Le terrain de jeu n’a rien d’anecdotique. Selon Médiamétrie, cité par Google, YouTube touchait chaque mois 7,1 millions de 15-24 ans en juin 2025, juste devant Instagram (7 millions). Comscore mesurait en mai 2025 un temps moyen de 52 minutes par jour sur la plateforme chez les 18 ans et plus.
Le cœur de l’exercice est un arbitrage que les agences vivent au quotidien. D’un côté, l’organique : l’authenticité et la confiance que les créateurs ont bâties avec leur communauté, mais une portée qui dépend de l’algorithme. De l’autre, le paid media : une visibilité immédiate, un ciblage précis via Google Ads, un retour sur investissement mesurable. Les équipes pouvaient choisir 100 % organique, 100 % paid ou un mix.
Pour chiffrer, elles disposaient d’une grille pédagogique : de 500 à 1 000 euros la vidéo pour un créateur de moins de 10 000 abonnés, jusqu’à 50 000 euros et plus au-delà de 500 000 abonnés. S’y ajoute une règle : diffuser la vidéo d’un créateur en publicité suppose de lui verser 20 % de plus au titre des droits d’usage. Une vidéo à 5 000 euros en coûte donc 6 000 une fois amplifiée. Ces montants sont ceux du jeu, pas une grille officielle de YouTube.
Le brief organise enfin l’agence en deux pôles qui dessinent deux familles de métiers : influence et contenu (sourcing et négociation des créateurs, choix entre Shorts et vidéos longues, briefs créatifs), paid media et performance (stratégie YouTube Ads, ciblage, plan budgété, suivi des KPIs). Mot d’ordre : « le plan doit amplifier la création, et la création doit nourrir le média ».
Entrer chez Google : une méthode plutôt qu’un miracle
La seconde partie de l’atelier a répondu à la question que tous se posent. Quentin Wroblewski a d’abord retracé son parcours : jobs étudiants, deux stages de six mois comme key account manager chez Samsung Electronics puis Lacoste, puis deux ans chez Google et YouTube, dont un an en alternance. Il décrit une culture sans organigramme rigide, où l’on gagne en influence par la conviction et où la vente devient, selon ses mots, « une compétence de survie ».
Sa méthode tient en cinq étapes : un profil LinkedIn soigné, en français et en anglais ; un réseau actif, qu’il chiffre à plus de 500 connexions ; des échanges directs avec des salariés de Google ; des recommandations internes ; un CV optimisé pour les logiciels de tri des candidatures. Avec un avertissement : environ un candidat retenu sur 500, selon lui.
Trois portes s’ouvrent aux étudiants : le stage de fin d’études (Paris, Londres ou Dublin, offres publiées en général entre octobre et décembre), l’alternance à Paris sur des postes sales et marketing (YouTube, Google Ads, Cloud, Gemini, Pixel, offres entre mars et juin) et le programme APMM (Associate Product Marketing Manager), qui débouche sur un CDI. Aux jeunes diplômés, il conseille de viser Dublin, siège européen de plus de 10 000 salariés, et les offres étiquetées « Early » sur Google Careers.
Dans ce contexte, le challenge illustre ce glissement : dans les métiers du marketing, “la valeur se déplace de l’exécution vers la capacité à définir une stratégie”. Caster des créateurs, chiffrer des droits d’usage, arbitrer entre création et achat d’espace, défendre ses choix devant un jury : l’influence et le média ne forment plus deux mondes. Chargés d’influence, content strategists, média planners, traffic managers, analystes de performance et, côté plateformes, commerciaux spécialisés dans les créateurs travaillent désormais sur le même plan. Reste une question pour celles et ceux qui les rejoindront : quand chaque créateur devient un média et chaque vidéo une publicité potentielle, qui, de l’agence, de l’annonceur ou de la plateforme, tiendra la baguette ?
FAQ
Qu’est-ce que le challenge ISEG3 × Google YouTube ?
C’est un atelier organisé à Paris avec Google et YouTube pour les étudiants de troisième année de l’ISEG. En équipes de quatre, ils jouent une agence média. Ils ont 48 heures pour concevoir, chiffrer et défendre devant un jury la stratégie YouTube d’une marque, avec un budget de 2 000, 20 000 ou 200 000 euros.
Que fait un Creator Sales Specialist chez YouTube ?
Il développe les programmes de marketing d’influence de YouTube auprès des annonceurs et de leurs agences. Il aide les marques à travailler avec des créateurs et à amplifier leurs vidéos en publicité. C’est un métier commercial et stratégique, à la frontière entre l’influence et le média.
Comment travailler chez Google après une école de communication ?
L’intervenant du challenge, Creator Sales Specialist chez Google, recommande cinq étapes. Soigner son profil LinkedIn en français et en anglais. Développer un réseau actif. Échanger directement avec des salariés de Google. Obtenir des recommandations internes. Adapter son CV aux logiciels de tri des candidatures (ATS). Il estime la sélection à environ un admis pour 500 candidats.
Peut-on faire une alternance chez Google à Paris ?
Oui, selon la présentation faite aux étudiants de l’ISEG. Google propose à Paris un an d’alternance sur des postes sales et marketing (YouTube, Google Ads, Cloud, Gemini, Pixel). Les offres sont publiées entre mars et juin. Les stages de fin d’études, à Paris, Londres ou Dublin, sont en général publiés entre octobre et décembre.
Combien coûte une vidéo avec un créateur YouTube ?
Dans la grille pédagogique du challenge, une vidéo coûte de 500 à 1 000 euros avec un créateur de moins de 10 000 abonnés, et 50 000 euros ou plus au-delà de 500 000 abonnés. Il faut ajouter 20 % pour la diffuser en publicité. Ce sont des ordres de grandeur d’exercice, pas des tarifs officiels de YouTube.
Organique ou paid media sur YouTube : comment choisir ?
Le brief du challenge oppose deux leviers. L’organique, porté par les créateurs, apporte authenticité et confiance, mais sa portée dépend de l’algorithme. Le paid media, via Google Ads et des formats comme les Shorts Ads, garantit une visibilité immédiate et un retour sur investissement mesurable. La consigne est de faire travailler les deux ensemble : la création nourrit le média.









