INDIGO : le pari de Stéphane de Freitas

L’entraide par l’échange, la création de lien social, l’humain au cœur de notre système actuel, cela vous parle ?

Le mercredi 3 avril 2019, les étudiants de 1ère année de l’ISEG Lille ont eu la chance de rencontrer Stéphane de Freitas, concepteur d’Eloquentia, réalisateur du documentaire À Voix Haute et fondateur de la nouvelle application Indigo, dans le cadre d’un workshop. Suite à cela, a eu lieu la soirée de lancement de ce nouveau réseau social : retour sur ce phénomène qui appelle à la générosité !

Quel a été l’élément déclencheur à la création de ce projet ?

Stéphane de Freitas : « Il est d’abord important de revenir en arrière. Adolescent, je rêvais de devenir joueur de basket professionnel. On m’a souvent dit que ce serait difficile, pourtant, à force de ténacité, j’y suis arrivé. A 16 ans, j’ai quitté la Seine-Saint-Denis pour intégrer un lycée Sport Études à Boulogne-Billancourt. Un vrai choc culturel. De mon « 9-3 » d’origine à cet établissement huppé des Hauts-de-Seine, mon environnement avait radicalement changé : le milieu social était très différent, les gens parlaient et s’habillaient différemment. Ce contraste m’a beaucoup marqué, je me sentais stigmatisé.

J’ai alors décidé de laisser tomber le sport pour me plonger dans les livres afin d’acquérir du vocabulaire et de l’aisance à l’oral, avant d’entreprendre des études supérieures. Après avoir obtenu un master en droit des affaires et un master en entrepreneuriat social à l’ESSEC, j’ai fondé Eloquentia, à la fois un programme de prise de parole et un concours d’éloquence, qui est en quelque sorte le fruit de ce parcours.

Quant à Indigo, si je dois parler d’un vrai déclic, je pourrais citer une statistique qui m’a profondément bouleversé : selon l’ONG Oxfam, en 2012, 71 personnes disposaient d’autant de richesses que les 3,8 milliards les plus pauvres de la planète. Aujourd’hui, ils sont au nombre de 26. »

Indigo, un réseau social pour réconcilier fin du mois et fin du monde.

Indigo, c’est l’application d’entraide solidaire gratuite qui révolutionne l’accès aux objets et services grâce à la monnaie sociale de la Générosité, le Digo.

Le Digo, qu’est-ce que c’est ? Comment cela fonctionne ?

Stéphane de Freitas : « C’est une monnaie virtuelle uniquement utilisable sur Indigo. Il est impossible « d’acheter » du Digo ou de retrouver cette monnaie en dehors de l’application.

L’idée de l’application est très simple : si une personne a besoin d’un objet ou d’un service quelqu’il soit, Indigo lui présente la personne prête à lui offrir gratuitement. Le Digo est un intermédiaire au même titre qu’une monnaie que l’on connait dans notre système classique, comme l’euro par exemple. Cependant sur Indigo, on incite plutôt les utilisateurs à donner gratuitement, à être généreux.

En effet, sur notre application d’entraide, chaque utilisateur a un coefficient « Goodvibes » qui varie selon le nombre de coups de main donnés à une association ou de dons (ventes à 0 Digo) effectués. Plus ce coefficient de générosité est élevé, plus le prix en Digos des biens et services disponibles sur Indigo diminue pour l’acheteur (mais pas pour le vendeur).

Il y a donc deux façons d’échanger :

  • Je vends un objet ou un service, j’obtiens des Digos, dont je me sers pour acquérir d’autres objets/services
  • Mon coefficient « Good Vibes » augmente grâce à mes bonnes actions précédentes, ce qui permettra une baisse du nombre de Digos à reverser pour un futur achat.

Prenons un exemple concret :

  • Je vends une lampe pour 5 Digos ; je peux alors les utiliser pour acheter une séance de sophrologie à 4 Digos
  • Je dispose seulement de 2 Digos. J’offre un cours de marketing digital à 0 Digo, puis je participe à une collecte de vêtements pour une association près de chez moi. Cela fait augmenter mon coefficient Goodvibes, ce qui me permet d’avoir accès à cette même séance de sophrologie pour seulement 2 Digos. »

Avec ce nouveau système, nous voulons récompenser la générosité et remettre de l’humain au cœur du système.

On assiste également à un réel développement à l’international…

Stéphane de Freitas : « En effet, à l’heure actuelle, l’application est disponible et traduite dans 130 pays. Depuis le lancement, une vague d’entraide s’est levée en France : nous sommes passés de 1 500 utilisateurs à plus de 49 000. Nous voulons continuer à faire grandir cette communauté. À terme, l’objectif est évidemment de propager cette vague partout dans le monde. De créer un « tsunamour » planétaire, en quelque sorte !

Plusieurs facteurs ont permis cette belle évolution. Dès la création d’Indigo, plusieurs artistes ont été séduits par le projet et ont accepté de me suivre dans l’aventure. Ainsi, lors de notre soirée de lancement, le 30 avril 2019, plusieurs de ces personnalités sont venues se produire gratuitement sur scène : Kery James, Matthieu Chedid, Grand Corps Malade, Lindigo, Sefyu… et ont communiqué sur leurs réseaux sociaux respectifs en permettant à leurs abonnés de gagner des places pour cette soirée exceptionnelle en téléchargeant l’application.

Nous avions également envoyé plusieurs communiqués de presse. Ainsi, beaucoup de journalistes étaient présents à cette soirée.

Par la suite, l’#IndigoChallenge a été lancé sur Instagram : des chanteur.se.s, des acteur.rice.s, des influenceur.se.s… près d’une trentaine d’artistes et de personnalités ont posté des vidéos sur Instagram et Facebook pour apporter leur soutien au mouvement. Ils ont ainsi offert à leurs fans des places pour être présents lors de tournage de clip, de répétition de pièces de théâtre, d’enregistrement et bien d’autres.

Le bouche-à-oreille a fonctionné à merveille, le challenge a été relevé par Caroline de Maigret (mannequin), Axelle Laffont (comédienne), Jean-Baptiste Maunier (comédien), Kery James (rappeur), Orelsan (rappeur), Grand Corps Malade (rappeur), Sarah Kaddour (chanteuse/ animatrice), Natoo (youtubeuse), EnjoyPhoenix (youtubeuse), Jhon Rachid (youtubeur), Manu Payet (comédien) ou encore Ycare (chanteur) !

En septembre, ils sont invités à de nouveau publier une vidéo avec les personnes gagnantes de leur #IndigoChallenge. »

Quels sont vos projets pour la suite ?

Stéphane de Freitas : « Nous souhaitons améliorer l’UX et l’expérience utilisateur. Il est important de développer de nouvelles fonctionnalités sur l’application. Nous allons aussi faciliter l’usage de l’application par les associations pour leur permettre de recruter des bénévoles, récolter des denrées… Aujourd’hui, Indigo est partenaire de 100 associations. »

Ce mouvement pourrait-il influencer la société de demain ?

Stéphane de Freitas : « Notre ambition n’est pas de remplacer complètement un système par un autre, mais de faire des économies en recyclant des objets que l’on peut donner à ceux qui en ont besoin. Nous voulons combattre les excès et absurdités du système actuel qui nous amènent droit dans le mur, que ce soit du point de vue environnemental ou des inégalités sociales. Nous proposons une solution pour rendre plus raisonnables les échanges que les individus ont entre eux, leur redonner de la valeur et du sens. Peut-être qu’Indigo ne fonctionnera pas tout de suite, ou alors sous un autre nom. Mais nous sommes convaincus d’une chose : l’humanité devra adopter un système similaire à celui d’Indigo si elle veut réconcilier la fin du monde et la fin du mois. »

Un grand merci à Stéphane et à son équipe pour nous permettre d’échanger sur leurs belles réalisations !

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